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« L'indéfinition de l'architecture », ce petit manuel, se présente comme un appel à rencontres, colloques et échanges sur Internet.

Notre tentative, consistant à relancer la question de la définition de l'architecture, pourra paraître superflue, voire enfantine, car l'architecture, en fait, tout le monde sait bien ce qu'elle est. De même que, face à l'horizon assombri par les conséquences de l'agir humain, tout le monde sait peu ou prou ce qu'il lui reste à faire pour que demain puisse encore exister (encore que ne soit pas bien certain). Pourtant, comme le remarque Saint Augustin à propos de la définition du Temps, ce que nous connaissons bien d'expérience, il ne nous est pas facile de le faire passer dans le langage. Le temps n'a pas besoin qu'on le définisse, il sait très bien lui-même comment passer. Et l'architecture n'a pas besoin qu'on la détermine pour qu'elle produise des architectures. Dans le domaine des affaires humaines (on le connaît depuis le Socrate de Platon), concernant les activités essentielles, les pratiques politiques en particulier, l'incertitude qui se dissimule sous l'absence de tout questionnement ne va pas sans conséquences funestes. Nous ne prétendons pas tel Socrate, la figure fuyante et insaisissable du Sophiste, parvenir à fixer une définition stable et enfin adéquate de l'architecture. Non, sur la colonne de la définition absente (et qui ne manque à personne, et que personne n'aperçoit), nous voudrions bien plutôt enlacer une multitude de guirlandes définitionnelles, de sorte que la colonne apparaîtrait enfin, comme l'homme invisible sous ses bandelettes, dévoilée telle une architecture sous l'emballage de Christo.

Extrait de L'indéfinition de l'architecture, Benoît Goetz, Philippe Madec et Chris Younès, éditions de la Villette, Paris, 2009